A la suite de la publication d'extraits de son carnet de chants caravelle (années 90), nous avons interviewé une participante, ma fille Stéphane, qui a bien voulu répondre à nos
questions !
1) Bonjour Stéphane... Tu étais caravelle aux Guides de France entre 1990 et 1992. Mes questions vont porter sur les Caravelles de Beaune, dont tu faisais partie, et sur les
activités de ton unité.
Donc premièrement, qu'est-ce qui fait qu'une équipe de Guides devient "une équipe d'amies pour la vie"?
Eh bien c'est avant tout une question de rencontres. J'ai eu de la chance!
Nous n'étions pas identiques mais nous avions beaucoup de points communs et nous étions surtout très complémentaires...Chacune avait une place à part dans le groupe, qui était appréciée des
autres. Et chaque personnalité était très bien mise en valeur par notre "cheftaine", dite Nicou.
Pourquoi sommes-nous restées amies après?
Parce que nous avons partagé des moments agréables qui, je crois, nous ont toutes marqué. Nous ne nous voyons pas toujours très souvent, mais globalement nous sommes régulièrement en contact.
Sauf une ou deux que j'ai perdu de vue, toutes les autres, je peux le dire encore aujourd'hui, font partie de mes meilleures amies. Sans doute parce qu'elles me connaissent mieux que beaucoup de
gens (et la réciproque est vraie).
2) Dans l'équipe, quels étaient les rôles et les talents de chacune?
Les rôles, c'est-à-dire les tâches matérielles de chacune pendant ce camp de 1991, je ne m'en souviens plus précisément. Il faut dire qu'on "tournait" pour tout ce qui était vaisselle, etc.
Je me souviens aussi qu'avec d'autres, on préparait un badge ("communication") et qu' on filmait le camp avec une petite caméra à tour de rôle...en ayant l'impression de faire un film qui allait
marquer les esprits!!! (rires)
Et puis surtout, je me rappelle ce que chacune apportait avec sa personnalité.
Anne-Gaëlle : celle qui était la plus féminine et qui, au milieu d'une activité, s'inquiétait du moment où on allait se laver les cheveux et les
dents! Elle me faisait rire!!!
Elle était toujours impeccable en toutes circonstances, même pendant le camp où l'on vivait un peu "à la dure"...
Véro. et Pascale s'intéressaient au "spirituel", au temps de prières, elles étaient très réfléchies.
Laurence était très douce, très maternelle, c'était la personne qui faisaient le lien entre toutes les caras. Elle avait de l'indulgence et était
très patiente, une grande qualité.
Claire était celle que je connaissais le mieux à l'époque, car nous fréquentions le même lycée. Nous avions été très amies aux Jeannettes, puis je
l'avais perdue de vue parce que j'avais arrêté au collège les Guides. Et puis je l'ai retrouvée par hasard au lycée, dans une autre ville, et on s'est reconnues immédiatement ! Et c'est grâce à
elle que j'ai retrouvé le groupe. Avec Claire, on partageait une même sensibilité mais nous n'avions pas les mêmes réactions ou tempéraments. Elle était très indépendante.
Nicou avait été notre cheftaine aux Jeannettes. Elle m'avait beaucoup marquée.C'est quelqu'un que j'admire pour sa vitalité, son énergie
communicative. Elle m'a toujours étonnée et surprise, car elle était capable de rebondir et de rattraper les moments inorganisés. Elle les rendait drôles ! Elle était faite pour encadrer, et elle
était toujours partante pour intégrer des idées nouvelles. L'ambiance était légère et profonde à la fois, et c'est ce qui était formidable.
Moi: je crois que j'étais la personne qui était décalée et drôle, qui faisait rire par ses réflexions singulières. Par exemple, j'avais imité Guy
Bedos!
J'étais appréciée pour ma différence, c'est comme cela que je l'ai ressenti. Et ce n'est pas toujours facile d'être différente à cet âge-là. Alors c'est une chance d'être accueillie pour ce que
l'on est, et aimée pour cela.
3) Ce n'est pas exactement ma question...Quels étaient vos rôles "scouts"?
Je l'ai dit, je ne m'en souviens plus précisément; mais je peux dire qu'il régnait une entente malgré nos différences. C'est comme si chacune apportait "sa pierre à l'édifice".
4) Quelle était l'importance du carnet de chants, et du chant en général, dans les activités?
Déjà, il faut revenir à l'existence de ce carnet de chants, dont tu as publié une partie...
Il a été crée car tout le monde n'avait pas de carnet de chants. Moi, par exemple, j'avais quitté les Guides à 12 ans, donc je n'en avais pas.
Et pour que chacune en ait un, Claire et moi avons sélectionné les chants qu'on aimait le plus et ceux qu'on chantait le plus, ce qui ne coïncidait pas toujours mais souvent quand même! Ensuite
on a recopié toutes les paroles, on a photocopié les pages et relié.
Grâce à cela, chaque cara a eu le même carnet pendant ce camp, et on les a gardés en souvenir. Ils ont aussi servi les années suivantes.
Mais chantiez-vous souvent?
Tout le temps, tous les jours, et pendant les veillées, autour du feu...aussi avec notre aumônier le jour des promesses.
On chantait surtout pour le plaisir. On se sentait bien...allez hop, un chant! On a été à Taizé avant et pendant le camp; alors on recasait des chants appris là-bas pendant la journée.
5) Quelle a été la place de l'Inde dans les activités chez les caras beaunoises?
Nicou avait fait un voyage de 3 semaines avec des amies à elle, pendant l'hiver 1991. Ce voyage l'avait beaucoup marquée ; ça l'avait bouleversée, transportée ailleurs!
Elle avait fait, je m'en souviens, un montage de diapos, avec un texte en accompagnement. Et elle l'avait partagé avec tout un auditoire, lors d'une soirée.
L'Inde respire le spirituel, et elle a pensé que cela pourrait être notre fil rouge pendant le camp, ce qui colle bien avec le scoutisme. Le thème exact du camp, c'était "Inde et artisanat"
Ce thème, je crois, se retrouvait dans l'invitation pour ce camp
Pendant, on a fait une soirée indienne avec des recettes de "là-bas" , comme des "nâns" cuits au feu de bois.
Sur le long terme, ce devait être notre projet après les caras (nos 2 années JEM), nous avions pensé partir dans ce pays et axer notre projet sur la préparation de ce voyage. Mais on y a renoncé.
6) Une équie mixte dans l'unité caravelle t'aurait-il plu?
Non...enfin attends : à la fois oui et non!!!
C'est drôle parce qu'on m'a déjà posé cette question, cela semble incroyable pour certaines personnes qu'à cette époque il n'y ait pas eu de groupe mixte...
Disons qu'entre filles, cela crée une atmosphère intime. Cette intimité a donné aussi sa couleur si précieuse à ce camp et ce groupe. On se sentait très à l'aise.
En même temps, cela ne veut pas dire que des groupes mixtes sont moins bien...La mixité, cela apporte aussi quelque chose.
Mais sur le moment en tout cas, je n'ai pas vécu l'absence de mixité comme un manque.
7) L'idée de caravane qui chemine et se ressource, en usage dans les nouvelles pédagogies, t'aurait-elle plu?
Franchement, je ne connais pas la nouvelle pédagogie.
Et d'ailleurs je ne pense pas que la réussite d'un groupe passe uniquement par la pédagogie.
Pour moi, l'essentiel, ce sont les personnes qui constituent le groupe. C'est vrai, tout est réuni pour que ça marche grâce à cet "esprit de groupe" notamment, qui est sensé nous animer...Mais ce
n'est pas parce qu'on va aux Scouts, aux Guides ou aux Éclaireurs que le camp est réussi. Ce qui fait la réussite, c'est la magie des rencontres entre les personnes.
La preuve, souviens-toi que j'ai essayé un autre groupe et que leur camp ne m'a pas plu!
Je pense que l'esprit scout ne suffit pas, même s'il est important aussi. Il faut des rencontres un peu "hors-normes" pour que cela prenne toute sa dimension.
Je veux rajouter aussi que je ne connais pas les pédagogies actuelles, mais je pense que de toutes façons, on ne peut pas comparer les époques. Ce que j'ai connu n'existe plus. Et ce que toi tu
as connu, n'existait déjà plus quand je suis devenu cara.
La pédagogie s'adapte à chaque époque ; et je suis d'une autre génération que les actuels scouts. Bon, je ne suis pas un dinosaure non plus!!! (rires)
Il y a toujours des points communs( buts à atteindre, esprit, sens de la collectivité...), mais cela se réinvente.
Ce n'est pas parce qu'on a aimé une époque que l'on va aimer la pédagogie suivante. J'ai adoré ce que j'ai fait mais cela correspond aussi à une période de mon existence précise. Je ne
referai pas des camps dans les mêmes conditions qu'à 16 ans!
Ce que l'on peut vivre en groupe à l'adolescence, ça marque énormément mais c'est un passage. Ensuite, c'est l'âge adulte et on n'a plus le même temps pour faire les mêmes choses.
Cela reste quand même de merveilleux souvenirs. Mais ce que je trouve mieux encore, c'est d'avoir des souvenirs aujourd'hui avec les mêmes personnes (des souvenirs qui correspondent à ce
que je suis maintenant, pas seulement des souvenirs d'enfant ou d'adolescente).
A l'âge qu'on a, on n'a plus la même vie, on a des souvenirs communs mais on n'est pas bloqué sur eux.
8) Que sont devenues les caras beaunoises?
- Laurence est institutrice
- Claire : travaille comme cadre à Genève
- Nicou était infirmière, et elle est devenue thérapeute dans un hôpital
- Véro. est infirmière
- Pascale est devenue kinésithérapeute, après avoir failli être religieuse!
- Anne-Gaëlle est secrétaire
9) Le meilleur souvenir de ce camp 1991?
La veille de feu, en haut de la falaise de St-Romain... Mon tour est arrivé : c'était la fin de la nuit et le lever du soleil progressif...
Magnifique!
Je me disais : "Dieu existe tellement c'est beau!!!"
La promesse avait lieu le lendemain et on avait écrit chacune un texte durant la nuit. Claire avait écrit un texte très beau. On a découvert son don pour l'écriture. Nicou disait en souriant :
"elle écrit des choses magnifiques et elle nous dit qu'elle ne sait pas écrire"!
Après j'ai recopié son texte et aujourd'hui il est affiché dans ma cuisine!!!
10) Je sais que tu es devenue cheftaine Jeannette à ton tour pendant 2 ans? Qu'as-tu pensé de cette expérience?
J'ai été cheftaine à la fin des caravelles, à presque 18 ans.
Au départ, je pensais qu'on deviendrait JEM pour 2 ans et qu'on ferait un voyage en Inde!
Et puis on est venu nous dire qu'il n'y avait plus de cheftaines pour les Jeannettes.
Et on s'était presque toutes connues aux Jeannettes! On a trouvé qu'on devait quelque chose au mouvement, on voulait remercier et on s'est proposées pour animer...sans se rendre compte du tout du
travail que ça demande!!!
Moi, Pascale, Véro et Laurence, on s'est retrouvées avec 30-35 Jeannettes!
En fait, je crois que je voulais surtout que les Jeannettes ne disparaissent pas.
Mais je ne crois pas, avec le recul, que j'étais vraiment prête pour le faire ou que j'avais envie d'encadrer.
C'était des sacrifices car on passait le bac ou on commençait la fac! Il fallait revenir le WE et préparer les réunions, les WE, les camps... On manquait de temps et d'expérience.
C'était beaucoup sans éprouver de réel plaisir, et la période JEM m' a manqué. J'ai des regrets de ne pas l'avoir connue. J'aurais aimé voyager dans ce cadre.
En fait, Nicou, par exemple, aimait organiser mais n'aurait pas aimé être participante. Moi, ça a été l'inverse. Disons que l'un ne va pas forcément avec l'autre...Et je n'y avais pas pensé!
Ceci-dit, c'est un peu sévère quand je dis que j'ai des regrets : la Jeannette que je préférais est devenue cheftaine- Jeannette à son tour des années plus tard; alors je me suis dit que la
"boucle était bouclée" et que j'avais fait ce que j'avais à faire. J'ai contribué à donner l'envie à d'autres de continuer.